Une alternative à votre alternateur
De nouveaux
matériaux thermophotovoltaïques pourraient remplacer les
alternateurs dans les automobiles et économiser le carburant.
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Un
générateur « thermophotovoltaïque » brûle l’essence pour
chauffer un matériau qui émet de la lumière (appelé
« radiateur »). La lumière est alors filtrée et convertie en
électricité dans les cellules photovoltaïques. (Image de John
Kassakian, MIT) |
Du côté des chercheurs
Des
chercheurs du MIT ont développé une nouvelle *
technologie pour convertir la chaleur en lumière et celle-ci en
électricité, technologie qui pourrait éventuellement
économiser le carburant des véhicules en remplaçant les alternateurs
moins performants et aussi les systèmes électriques qui pourraient
tourner le moteur arrêté.
La technologie, appelée
thermophotovoltaïque, utilise de l’essence pour chauffer un matériau
émetteur de lumière, en l’occurrence du tungstène. Une cellule
photovoltaïque convertit alors la lumière en électricité. L’idée a
été lancée une première fois en 1960, dit John Kassakian, professeur
en science informatique et en ingénierie électrique. Mais jusqu’à
maintenant, les émetteurs de lumière pour les cellules
photovoltaïques produisent des systèmes inefficaces et très coûteux.
Des progrès dans les matériaux utilisés dans ces
appareils récents - progrès possibles parce que les chercheurs
peuvent modifier leur structure à l’échelle nanométrique – en
font maintenant des systèmes beaucoup plus efficaces, dit Kassakian.
Selon Kassakian, le système
pourrait être potentiellement une manière plus efficace de produire
de l’électricité dans un véhicule que celle basée
sur l'alternateur actuel qui gaspille l'énergie suivant deux
étapes : le moteur à combustion interne convertit à 30 % seulement
l’énergie du carburant en mouvement, et ensuite l’alternateur est
efficace à seulement 50 % en convertissant l’énergie mécanique en
électricité. Il dit qu’un petit matériel photovoltaïque prototype
qui confirmerait l’efficacité de ce système amélioré serait prêt
dans un an.
Les chercheurs ont modifié
la structure de la surface de l’émetteur de lumière, en le gravant à
l’eau forte à l’échelle nanométrique pour accorder précisément les
ondes de la lumière émises à celles de la cellule photovoltaïque
afin qu’elle puisse exécuter la conversion avec la plus grande
efficacité. En outre ils ont affiné le matériel à l’aide de filtres
qui accompagnent les ondes de lumière voulues
pour passer à travers les cellules photovoltaïques, mais
réfléchissent les autres ondes de l’émetteur de lumière.
La lumière réfléchie est porteuse d'une énergie
qui aide à conserver la chaleur de l'émetteur, ce qui réduit
en amont le besoin en carburant.
De plus, pour remplacer
l’alternateur avec un module thermophotovoltaïque, dit Kassakian, la
technologie pourrait être intégrée au
système d’air conditionné dans des véhicules qui ne requièrent pas
de compresseur. Parce que la charge du moteur serait
significativement diminuée, il serait alors possible d’arrêter le
moteur quand le véhicule est à l’arrêt et de le redémarrer
facilement. Les hybrides actuels utilisent cette technique pour
économiser le carburant, mais exigent de grosses batteries pour
fournir l’électricité pour la radio et l’éclairage, ou pour
redémarrer le moteur. Avec le nouveau système du MIT, ces batteries
ne seraient plus nécessaires.
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pas si nouvelle puisque la conversion de
chaleur en électricité remonte à1821, mais les matériaux
thermoélectriques n’étaient pas assez efficaces pour les utiliser
couramment, seules quelques sondes spatiales en avaient
source :
http://www.techreview.com/
Du côté des industriels et
du Ministère de l’Energie aux USA
Cette technologie quasiment
défunte se voit maintenant réactivée grâce aux avancées dans les
nanotechnlologies. Des constructeurs automobiles tels que Genéral
Motors et BMW s’intéressent à la thermoélectricité pour les
véhicules de demain.
Francis Stabler, le plus
ancien analyste de chez GM a dit récemment lors d’un congrès de la
Société de Recherche en Matériaux (en février 2006) : « Je pense
maintenant que la thermoélectricité a de bonnes chances de succès ».
Il faut encore que les
chercheurs trouvent le moyen de faire couramment des matériaux peu
coûteux, avant qu’ils ne puissent être répandus largement. Mais
certaines utilisations ponctuelles pourraient apporter une aide.
Déjà Amerigon un fabricant
de Deerborn a vendu plus d’un million de systèmes de chauffage et de
refroidissement de sièges de voitures qui utilisent une ancienne
version de cette technologie. Avec de l’électricité, les matériaux
thermoélectriques opèrent un transfert de chaleur et chauffent ou
refroidissent une zone choisie, selon le sens du courant.
Si l’on arrive à fabriquer
la prochaine génération de matériaux thermoélectriques à moindre
coût, ils pourront être utilisés dans d'autres applications.
Placés, par exemple, autour du tuyau d’échappement des voitures, ils
pourraient récupérer la chaleur gaspillée afin de produire de
l’électricité.
Au début, on pourrait
utiliser cette production pour faire un complément à celle produite
par l’alternateur du véhicule, ce qui rendrait possible de faire
fonctionner davantage d’appareils électriques sans demander au
moteur des efforts supplémentaires.
Si la technologie s’avère
fiable, ce que dit M Stabler, elle pourrait plus tard remplacer
aussi l’alternateur, faire marcher les pompes à eau et à huile, ce
qui soulagerait le travail du moteur, renforcerait les performances,
en économisant du carburant.
John Fairbanks, directeur
du développement technologie au Ministère de l’Energie Américain
suggère que si seulement tous les véhicules de GM utilisaient cette
technologie, cela ferait environ une économie de 100 millions de
gallons (1 gallon = 3,785 litres) d’essence
par an.
Les matériaux
thermoélectriques sont pratiquement tous faits de semi-conducteurs.
Ils doivent être bons conducteurs de l’électricité, et permettre aux
électrons de s’éloigner d’une source de chaleur produisant ainsi un
courant électrique. Mais ces matériaux doivent aussi être de mauvais
conducteurs de la chaleur sinon ils s’échaufferaient et la
différence de température qui entraîne les électrons disparaîtrait.
Le défi porte donc sur le fait que l’augmentation de conductivité
électrique va de pair avec celle de la chaleur.
C’est la connaissance
croissante de la manière de structurer les matériaux (nano
matériaux) qui pourrait fournir une solution. Les chercheurs ont
créé par exemple des matériaux dont les réseaux moléculaires font
obstacle aux vibrations de la chaleur, éloignent la chaleur de la
conduction thermique tout en permettant aux électrons de circuler
librement.
Mr Stabler pense que des
générateurs thermoélectriques peuvent porter un coup dur à des
systèmes comme les générateurs turbo et chargeurs turbo qui prennent
aussi de l’énergie à l’échappement. Ces systèmes sont en compétition
pour améliorer l’efficacité des carburants, mais c'est pour
le court terme.
« La thermoélectricité
peut avoir de meilleurs gains en efficacité à long terme » dit M
Stabler, qui ajoute « il y a toujours de la chaleur gaspillée ».
Selon M Fairbanks du
Ministère de l’Energie aux USA, les générateurs thermoélectriques
ont même une chance de pouvoir battre un jour les moteurs à
combustion interne.
M Stabler est bien d’accord
avec ça, mais il prévient qu’il y a encore du chemin à faire, comme
dans toute application de nouvelle technologie. Il se pourrait bien
qu’il s’écoule encore une huitaine d’années, mais ne soyez pas
surpris si un jour des voitures arrivent avec une énergie
supplémentaire provenant de la chaleur de l’échappement. « Cette
capacité de production d’énergie à partir de la chaleur gaspillée
retiendra certainement l’attention : ce serait bon pour
l’environnement » dit M Stabler.
Source : Kevin Bullis, Technology Review,
Feb. 21, 2006
http://www.technologyreview.com/read_article.aspx?id=16402
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